Le mythe de l'exode urbain, démonté par la recherche
Depuis la crise sanitaire, un récit s'est installé : les Français quitteraient massivement les grandes villes pour s'installer à la campagne, en quête d'espace et de calme. Une étude menée par des chercheurs de l'INRAE, en partenariat avec La Poste et Meilleurs Agents, vient largement nuancer ce narratif.
Le constat est net : la plupart des déménagements, avant comme après la crise Covid, s'opèrent entre des villes de taille comparable 36,5 % de grande ville à grande ville, contre seulement 8 % entre petites villes et 7 % vers les communes rurales. Autrement dit, l'immense majorité des Français qui déménagent restent dans le même type de territoire qu'ils quittent.
Un autre chiffre, rarement mis en avant dans les discours médiatiques : 28 % des déménagements se déroulent même à l'intérieur d'une seule et même commune, changer de logement, pas de ville.

Ce qui s'est réellement passé après la crise sanitaire est plus subtil qu'un « exode » : le mouvement de périurbanisation s'est accentué, avec davantage de flux depuis les communes-centres vers les autres communes du même pôle urbain et sa couronne, et l'attractivité résidentielle des territoires ruraux a connu la plus forte progression, avec un solde migratoire passé de 7,9 ménages pour 1 000 à 10,39 ménages en deux ans. Une hausse réelle, mais qui reste minoritaire dans le volume total des déménagements en France.
Ce que dit l'INSEE sur la géographie des mobilités en 2024-2025
À l'échelle nationale, la dynamique démographique française repose de plus en plus sur les migrations internes et externes plutôt que sur les naissances. Avec un solde migratoire estimé à 152 000 personnes en 2024, les flux migratoires constituent désormais le principal moteur de la croissance démographique du pays, alors que le solde naturel n'a jamais été aussi faible.
Sur le plan des mobilités internes entre régions, un déséquilibre marqué structure le territoire depuis des années.
L'Île-de-France perd des habitants au profit du reste du pays
Contrairement à une intuition répandue, la région capitale n'attire pas plus d'habitants qu'elle n'en perd via les mobilités résidentielles internes. Le solde migratoire très fortement négatif de l'Île-de-France est compensé par un solde naturel très élevé, dû à la forte proportion de jeunes actifs. La faible attractivité de la région est particulièrement marquée pour les ouvriers et les retraités, alors qu'elle demeure très attractive pour les étudiants et les cadres.
La Bretagne et la Nouvelle-Aquitaine, régions les plus attractives de France
En Nouvelle-Aquitaine, 118 400 nouveaux habitants se sont installés en 2020, contre 79 500 départs vers une autre région, soit un solde excédentaire de 38 900 personnes , la région figure parmi les plus attractives de France, juste derrière la Bretagne.
Le rôle de l'Île-de-France comme principal bassin de départ vers ces régions est net : 29 % des nouveaux arrivants en Nouvelle-Aquitaine viennent d'Île-de-France, et à l'échelle départementale, 12 600 Franciliens se sont installés en Gironde au cours de la seule année 2020.
PACA et Grand Est : des dynamiques plus modestes mais réelles
Provence-Alpes-Côte d'Azur affiche un solde positif mais modéré : la région a gagné 2 520 habitants au jeu des migrations avec les autres régions françaises en 2021, avec le Var comme département le plus attractif (solde de 4 250 habitants). Le Grand Est, longtemps en stagnation démographique, a lui aussi inversé sa dynamique depuis 2017, porté par le Bas-Rhin et les zones frontalières du Luxembourg.

Tableau récapitulatif - Ce que montrent les données (INSEE)

Cas d'étude
Cas d'étude n°1 : Le déménagement type qui illustre la tendance
Pour rendre ces chiffres concrets, voici un profil-type construit à partir des tendances mesurées par l'INSEE (exemple illustratif, pas un cas réel) :
Profil : un cadre francilien de 34 ans, en poste dans une entreprise permettant le télétravail partiel, quitte la petite couronne parisienne pour s'installer en Gironde.
Ce profil correspond très précisément au flux le plus documenté par l'INSEE sur cette période : les cadres et actifs qualifiés franciliens vers la Nouvelle-Aquitaine, avec la Gironde comme destination départementale la plus représentée. Ce n'est pas un mouvement marginal : c'est l'un des flux internes les mieux caractérisés du pays, avec plus de 12 000 Franciliens ayant fait ce choix pour la seule Gironde en une année.
Ce que ce cas illustre bien : contrairement au récit de l'exode rural, ce déménagement se fait vers une grande métropole régionale (Bordeaux), pas vers un village cohérent avec la donnée selon laquelle la grande majorité des déménagements se font entre villes de taille comparable.
Pour ce type de trajet longue distance, le budget à prévoir (voir notre guide « Comment connaître le prix de votre déménagement ? ») dépend surtout du volume à transporter et de la période choisie.
Cas d'étude
Cas d'étude n°2 : Un profil qui ne suit pas la tendance dominante
À l'inverse, voici un profil qui illustre la réalité derrière le solde négatif francilien (exemple également illustratif) :
Profil : un couple de retraités de 68 et 70 ans, propriétaires en Seine-Saint-Denis, décide de rejoindre le Var pour leur retraite.
Ce cas correspond à un autre flux bien documenté : les retraités quittent l'Île-de-France de façon disproportionnée par rapport aux autres catégories, et se dirigent en priorité vers le littoral méditerranéen précisément le type de profil qui explique pourquoi le Var affiche le solde le plus favorable de sa région, malgré une dynamique globale plus modeste que la Bretagne ou la Nouvelle-Aquitaine.
Un projet de cette nature, souvent préparé plusieurs mois à l'avance, gagne à être planifié autour de la meilleure période pour déménager (voir notre article dédié), pour éviter les tarifs de haute saison.
Ce que ces données changent concrètement pour un projet de déménagement
Au-delà de la curiosité statistique, ces chiffres ont une utilité très concrète pour qui planifie un déménagement longue distance :

Ce que montrent ces données officielles, c'est qu'aucune ville ni région n'attire massivement « tout le monde » chaque territoire attire un profil différent, pour des raisons différentes : opportunités professionnelles pour les uns, qualité de vie et littoral pour les autres, proximité familiale pour beaucoup.
Plutôt que de chercher « la » ville où tout le monde déménage, la vraie question à se poser reste individuelle : quel type de territoire correspond à son propre profil et à son propre projet de vie.
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Sources officielles
-INSEE — Flux migratoires, Insee Première n° 2050 (insee.fr/fr/statistiques/8570316)
-INSEE — Nouvelle-Aquitaine, attractivité résidentielle (insee.fr/fr/statistiques/8310729)
-INSEE — Provence-Alpes-Côte d'Azur, attractivité résidentielle (insee.fr/fr/statistiques/8644172)
-INSEE — Grand Est, attractivité résidentielle (insee.fr/fr/statistiques/8685161)
-INSEE — Centre-Val de Loire, mobilités résidentielles post-Covid (insee.fr/fr/statistiques/8174832)
-INED — Évolution démographique récente de la France 2025 (ined.fr)
-INRAE — Étude « Exode urbain : un mythe, des réalités » (inrae.fr)
-Sénat — Rapport sur l'exception territoriale (senat.fr/rap/r02-241/r02-2413.html)
Les graphiques présentés dans cet article sont des illustrations construites à partir des ordres de grandeur publiés dans les études citées ci-dessus ; ils ne constituent pas un indice composite officiel de l'INSEE.

